Histoire et valeurs

Parce que nous portons les valeurs des pionniers de la pêche thonière tropicale française, nous savons que la pérennité de notre activité repose essentiellement sur la meilleure connaissance et la bonne gestion de la ressource. Une connaissance progressivement acquise au large du Golfe de Guinée depuis la fin des années 50, puis dans l’Océan Indien à partir du début des années 80, a forgé le tempérament et construit les valeurs de la Compagnie Française du Thon Océanique (CFTO).

Une histoire d’engagements

La Compagnie Française du Thon Océanique est née en janvier 2011 de la fusion des armements Cobrecaf et France-Thon, deux armements thoniers qui ont marqué l’épopée de la pêche au thon tropical durant cinquante années, autant pour l’innovation et la maîtrise des techniques que pour la découverte, en collaboration avec les scientifiques français, de nouvelles zones de pêche.

Ainsi, CFTO opère aujourd’hui en Océan Atlantique et en Océan Indien à partir de ses bases d’Abidjan en Côte d’Ivoire et de Port Victoria aux Seychelles. Ses 13 thoniers senneurs congélateurs sont des navires à la pointe de la technologie qui travaillent en toute transparence selon les principes d’une pêche durable et responsable et en totale indépendance du monde de la transformation.

Si CFTO est aujourd’hui le premier armement pour la pêche au thon tropical en France avec 65 000 tonnes de captures annuelles, notre activité cible prioritairement le thon albacore de grosse taille sur bancs libres. Cet engagement dans la pêche durable nous emmène à limiter volontairement l’utilisation de balises et à ne déployer que des objets flottants dérivants non maillants, limitant ainsi les captures accidentelles.

Une aventure concarnoise : la pêche au thon

De la chaloupe sardinière au thonier dundee, de la pêche aux tangons à celle de l’appât vivant puis à la senne, les marins mais aussi et surtout les chantiers concarnois, de dimension modeste, vont participer à une formidable évolution à la fin du 19è siècle. Fruit de concertations, de tâtonnement, d'empirisme, d'imagination et d'expériences entre constructeurs, pêcheurs chevronnés, armateurs et bailleurs de fonds, le port de Concarneau va former dans les premières années du 20è siècle les futurs leaders du futur grand port thonier français. Dans un discours qu’il prononce à Concarneau lors de la « Fête de la Mer » en juin 1950, le président du Syndicat de l’Armement à la Pêche J. BALLERY rappelle les circonstances qui ont donné naissance à la pêche au thon dans le célèbre port de pêche du sud Finistère :

« …Les crises sardinières de 1911, 1912 et 1913 firent en effet évoluer la pêche vers le thon. Aux chaloupes sardinières succédèrent les thoniers-dundées de 40 à 60 tonneaux. On ne peut s’empêcher d’admirer ces superbes voiliers dont la ligne effilée, l’arrière arrondi, les destinent à des allures assez rapides. Le thon est assez vite absorbé par les vingt usines locales. L’importance de celles-ci est telle, qu’en plus des bateaux de Concarneau, de nombreux thoniers de l’Atlantique viennent y livrer leur pêche et que cet ensemble fait de Concarneau le premier port thonier d’Europe.

Chaque année, dès le printemps, les chantiers et les équipages s’attachent à la remise en état des thoniers. A fin juin, toutes voiles dehors, ils s’en vont au large du Portugal et plus tard, vers le sud de l’Angleterre et de l’Irlande. Durant deux à trois semaines, pour chaque marée, ils pêchent en suivant les courants chauds, lieux de prédilection du thon…

En 1938, 2168 entrées de thoniers sont enregistrées. Elles représentent un apport total de 5260 tonnes… Certes, le moteur a aujourd’hui détrôné la voile. Peu à peu s’amenuise le nombre de voiliers multicolores qui ajoutaient un paysage à celui déjà beau de ce coin de côte bretonne… Car ce sont maintenant les cent thoniers- chalutiers à moteur du port qui font de Juin à Novembre « la relève » des thoniers à voile.

Un plus grand rayon d’action, une autonomie complète, permettent à ces navires modernes une poursuite plus certaine des bancs de thons et une production accrue. Eux non plus ne seront d’ailleurs pas épargnés par le progrès et devront sans tarder moderniser leur engin de pêche, s’ils veulent faire face à la concurrence étrangère… »

Discours prémonitoire et leçon d’histoire de la pêche car dès 1950, en effet, la mécanisation des navires et à partir de 1954, l’adoption de nouvelles techniques conjointement à la prospection de nouvelles zones de pêche au large de la côte ouest africaine, vont complètement bouleverser la physionomie de la pêche au thon. C’est ce que rappelle Jean-Yves LABBE, actuel directeur général de la Compagnie Française du Thon Océanique et… petit-fils de l’armateur J. Ballerry : « Cette profonde mutation, ajoute-t-il, a fait de Concarneau en quelques années le premier port thonier d’Europe, spécialisé dans la production du thon tropical albacore et listao, cédant aux ports voisins du pays bigouden la première place pour la pêche saisonnière du thon germon.

La ténacité et la qualification des équipages spécialisés de la région concarnoise, alliées à l’esprit d’entreprise et à l’audace de quelques armateurs, ont joué un rôle déterminant dans le succès de cette reconversion qui s’est réalisée en deux phases successives :

  • À partir de 1954, quelques armateurs font transformer leurs thoniers ligneurs en thoniers à l’appât vivant. Les Concarnois suivent l’exemple des pêcheurs basques de St Jean- de- Luz qui avaient adopté avec succès la technique de pêche à l’appât vivant empruntée aux Californiens pour la pêche au thon rouge. Le pionnier des campagnes africaines, à l’origine de ce développement spectaculaire fut le patron GOURLAOUEN en 1954-1955 à bord du « Marcel Yveline »…En moins de neuf ans, de 1955 à 1963, alors que les thoniers ligneurs disparaissaient l’un après l’autre, Concarneau mettait en œuvre une flotte thonière complètement renouvelée et comptant 35 thoniers de pêche fraîche et 30 thoniers congélateurs, tous pêchant à l’appât vivant. Les thoniers congélateurs grâce à leur rayon d’action, étendaient progressivement leurs zones de pêche africaine de Dakar jusqu’à Abidjan et Pointe Noire en se spécialisant dans la pêche du thon tropical.
  • En 1962 et 1963, deux petits chalutiers transformés en senneurs, les « MA CLAIRE » et « PETIT PASCAL » tentèrent avec succès les premiers essais de pêche au filet tournant. Ces expériences prometteuses de pêche au thon eurent lieu au large des côtes marocaines et sénégalaises. Dix ans à peine après le bouleversement apporté par la technique de pêche à l’appât vivant, armateurs et équipages n’ont pas hésité à changer une nouvelle fois de technique de pêche en adoptant la méthode de la senne tournante.

Transformation de la flotte thonière en senneurs entre 1965 et 1968 puis apparition d’une nouvelle génération de grands thoniers senneurs océaniques à partir de 1969, Concarneau ne cesse d’innover. Au début de 1972, la flotte de thoniers congélateurs du port de Concarneau comprend 30 navires et le port thonier affiche une production annuelle de 25 à 30 000 tonnes de thon congelé.

En 1980, c’est au tour de l’Océan Indien d’être visité par un thonier de l’Armement Coopératif Finistérien (ACF), pour une campagne de pêche au thon exploratoire. « L’ILE de SEIN », thonier senneur de 48 mètres construit à St Malo et son équipage de 16 hommes vont réaliser une campagne entre le mois de décembre 1980 et le mois de mars 1981 qui sera décisive pour la pérennité de la pêche thonière dans l’Océan Indien. »

Aujourd’hui, ce sont 8 de nos thoniers qui fréquentent cet Océan. Ils sont les héritiers de ce modeste senneur qui, de par la technicité de son capitaine, de son équipage et de l’expérience acquise au fil des années, réussit un véritable exploit dont on parle encore aujourd’hui.

Un savoir-faire reconnu

Les conserveurs du monde entier apprécient la qualité de notre thon, la régularité de livraison et l’indépendance de notre compagnie. CFTO est le seul armement à pratiquer les auto-contrôles sur la qualité des poissons pêchés.

De plus, en collaborant à tous les travaux scientifiques et en établissant un dialogue permanent avec les ONG, CFTO fait progresser chaque année la connaissance de la ressource et celle du thon tropical thonière en particulier. Cet investissement permanent n’a jamais été une contrainte : il s’inscrit bien au contraire dans une démarche de transparence où le savoir-faire est synonyme d’engagement dans une pêche raisonnée et durable.

Suite : La flottille